Figma reste l'outil par défaut dès que vous travaillez avec des clients, des développeurs ou des freelances : tout le monde l'a déjà installé. Penpot devient le bon choix quand la souveraineté des données, l'auto-hébergement ou le budget passent devant le confort. Les deux couvrent sérieusement le design d'interface et le prototypage en 2026, l'écart s'est réduit sur le cœur du métier. Ma recommandation : gardez Figma pour le travail client, testez Penpot sur un projet interne avant de parler de migration.
Deux éditeurs de design d'interface dans le navigateur, avec collaboration en temps réel, composants réutilisables et prototypage, mais deux modèles économiques opposés.
Figma est un service propriétaire. Vous payez un abonnement par siège, vos fichiers vivent sur ses serveurs, et l'entreprise est cotée en bourse depuis 2025 après l'échec du rachat par Adobe. Le produit s'est élargi bien au-delà du design d'écran : mode développeur, présentations, génération assistée par IA, publication de sites. Chaque ajout renforce la même logique, garder toute la chaîne produit dans un seul outil.
Penpot est un logiciel libre, développé par le studio espagnol Kaleidos et publié sur GitHub sous licence MPL. Vous l'utilisez sur leur cloud public, ou vous le déployez chez vous avec Docker. Sa particularité technique compte plus que sa licence : Penpot travaille nativement en SVG et calque ses propriétés sur celles du CSS. Un flex layout dans Penpot, c'est le flex du navigateur, pas une abstraction maison à retraduire ensuite.
Cette différence de fondation explique presque tout le reste, y compris les choses qui agacent dans chacun des deux.
Voici les écarts qui changent réellement une décision d'équipe, une fois écartées les listes de fonctionnalités que personne ne compare vraiment.
| Critère | Figma | Penpot |
|---|---|---|
| Modèle | Propriétaire, SaaS | Open source (MPL), SaaS ou auto-hébergé |
| Hébergement des fichiers | Serveurs de l'éditeur | Cloud Penpot ou votre serveur |
| Format natif | Propriétaire | SVG et CSS, fichier .penpot ouvert |
| Prix | Par siège, plusieurs types de sièges | Cloud public gratuit, self-host gratuit |
| Plugins | Catalogue très fourni | API ouverte depuis 2024, catalogue jeune |
| Design tokens | Variables et modes, très aboutis | Tokens au format du standard ouvert |
| Passage au code | Mode développeur mature | Inspection CSS native, plus brute |
| Fonctionnement hors ligne | Non | Oui en instance locale |
| Adoption | Standard de fait du marché | Minoritaire, en croissance |
Le tableau ne dit pas l'essentiel : le coût de sortie de Figma n'est pas technique, il est social. Vos prestataires, vos candidats et vos clients savent déjà s'en servir.
Figma garde une avance nette sur trois terrains, la maturité des bibliothèques, l'écosystème de plugins et la passation aux développeurs.
Les variables et leurs modes permettent de gérer thème clair, thème sombre, densités et langues dans un seul fichier, sans dupliquer des pages entières. Penpot avance vite sur ce sujet, mais la mécanique reste moins fine quand une bibliothèque grossit.
Le mode développeur est l'autre écart franc. Il donne aux devs une vue dédiée, des mesures propres, des extraits de code et un suivi des écrans marqués comme prêts. Sur un projet React avec Tailwind CSS et une doc de composants dans Storybook, la chaîne tient sans friction. J'ai vu des équipes remplacer complètement leur passage par Zeplin grâce à ça.
Le catalogue de plugins, enfin, sauve des heures : import de données réelles, accessibilité, renommage en masse, connexion à Linear ou à Notion. Penpot a ouvert son API de plugins en 2024, et le rythme des contributions monte, mais il n'y a pas photo sur le volume disponible aujourd'hui. La documentation officielle de Figma reste par ailleurs une des meilleures du secteur, ce qui compte quand vous formez un stagiaire un lundi matin.
Penpot gagne sur quatre points concrets : le contrôle de vos données, le prix, la proximité avec le CSS et l'absence de dépendance à un éditeur unique.
L'auto-hébergement change la conversation avec un DSI ou un client du secteur public. Vos maquettes restent sur votre infrastructure, en Europe si vous le décidez, sans clause de sous-traitance à négocier. Le guide technique officiel documente le déploiement, et le fichier compose fourni suffit pour démarrer.
La proximité avec les standards du web évite une couche de traduction. Quand vous posez une grille dans Penpot, vous posez une grille CSS. Le développeur qui ouvre l'inspection retrouve des propriétés qu'il peut coller dans son éditeur, sans se demander ce que l'outil a interprété au passage. Sur des interfaces denses, ce détail fait gagner des allers-retours.
Les design tokens suivent le format publié par le Design Tokens Community Group, donc un format lisible par d'autres outils. Vous pouvez les versionner dans Git, les relire dans une pull request, les brancher sur une CI. C'est exactement ce qu'on attend d'une source de vérité, et c'est là que le modèle ouvert prend l'avantage sur une base propriétaire.
Le prix, enfin, n'est pas un détail pour une petite structure. Un studio de trois personnes qui paie trois sièges pleins toute l'année finit par comparer.
Figma facture par siège avec plusieurs niveaux d'accès, Penpot ne facture rien sur son cloud public ni sur une instance que vous hébergez vous-même.
Depuis la refonte de sa grille en 2025, Figma distingue les sièges selon l'usage : consultation et commentaires, développement, design complet. L'idée est saine, un dev qui lit des maquettes ne coûte plus le prix d'un designer. En pratique, cela oblige à cartographier qui fait quoi avant de signer, sinon la facture dérape à mesure que l'équipe grandit. Les montants exacts bougent trop souvent pour que je les fige ici : la page tarifs officielle fait foi, et vérifiez le prix annuel comme le prix mensuel, l'écart est significatif.
Penpot propose son cloud public sans facturation à l'usage, et l'auto-hébergement est gratuit par nature. Le coût réel se déplace ailleurs : un serveur, des sauvegardes, quelqu'un pour appliquer les mises à jour. Comptez une demi-journée d'installation et un peu de maintenance par trimestre. Si personne dans l'équipe ne veut de cette charge, le cloud Penpot reste disponible et le calcul redevient simple.
Un point que peu de comparatifs mentionnent : la facture Figma monte surtout par les sièges dormants. Un ancien stagiaire jamais retiré de l'espace, un dev qui a changé d'équipe, et vous payez une place vide pendant douze mois. Faites le ménage avant chaque renouvellement annuel, c'est le levier d'économie le plus immédiat sur cet outil.
Le vrai arbitrage n'est donc pas gratuit contre payant, mais abonnement contre temps d'administration. Le même raisonnement s'applique à l'hébergement de vos sites, sujet que je détaille dans mon comparatif Vercel vs Netlify.
L'import de fichiers Figma existe dans Penpot, il fonctionne sur les structures simples et il déraille sur tout ce qui est un peu construit.
J'ai fait tourner Penpot chez moi, en Docker Compose sur mon NAS, précisément pour tester ce scénario hors démo commerciale. L'installation n'a posé aucun problème, une poignée de variables d'environnement et le service répond. Le mur est arrivé à l'import d'un fichier Figma de taille moyenne. Les frames, les textes et les composants simples passent correctement. Les auto layouts imbriqués, les variantes et les variables ressortent approximatifs, parfois décalés de quelques pixels, parfois à plat. J'ai passé plus de temps à réparer l'import qu'il ne m'en aurait fallu pour redessiner deux écrans à la main.
La conclusion pratique est nette : ne migrez pas un design system existant, ouvrez le prochain projet directement dans Penpot. Un système de composants se reconstruit mieux qu'il ne se convertit, et vous en profitez pour jeter les couches mortes que tout fichier accumule au bout de deux ans.
Gardez aussi en tête que vos partenaires externes, agences ou freelances, travailleront en Figma. Prévoir un export en images ou en SVG pour les échanges évite de leur imposer un outil qu'ils ne connaissent pas.
Le choix dépend moins de la liste des fonctions que de qui ouvre les fichiers et de qui les héberge.
Freelance en design d'interface, prenez Figma. Vos clients l'exigeront, vos maquettes circuleront sans explication, et le temps gagné paie l'abonnement. Le reste de la panoplie tient dans mon article sur la stack outils d'un freelance graphiste, avec Canva pour les visuels rapides et Miro pour les ateliers.
Startup produit avec des développeurs internes, restez sur Figma aussi, pour le mode développeur et les bibliothèques. Regardez Penpot quand un client réglementé, une administration ou un service santé vous demandera où vivent les données.
Structure publique, ESN sur marché sensible, éditeur qui vend en Europe : Penpot mérite un vrai pilote. L'argument souveraineté est recevable et l'outil tient la charge d'un travail quotidien.
Équipe qui fait surtout du site vitrine, la question se déplace vers les outils de mise en production comme Framer ou Webflow, que je compare dans Webflow vs Framer. Le maquettage y pèse moins lourd que l'intégration, et le même raisonnement traverse tout mon guide des outils no-code.
Développeur solo qui dessine ses propres écrans, Penpot suffit largement, surtout si vous vivez déjà dans VS Code et GitLab. Vous n'avez personne à convaincre, c'est le cas le plus confortable.